Depuis le début du siècle l'industrialisation a gagné tous les secteurs de la société. L'agriculture n'y a pas échappée, ce secteur se trouve confronté à l'uniformisation industrielle. Celle-ci gère, transforme, transporte et met en marché des produits qui ont perdu toutes leurs spécificités tant en qualité, qu'en prix ou valeurs sociales.
Ceci conduit simultanément à la pollution généralisée de l'environnement, à la perte de la qualité nutritionnelle des aliments et au massacre de la biodiversité végétale et animale. La concentration de l'industrie semencière a délocalisé quand à elle la sélection et la multiplication hors des fermes et bien souvent hors du continent.
Ainsi, il n'est pas rare que les semences proposées sur le marché proviennent de latitudes très éloignées (Amérique du sud, Afrique, Australie, Nouvelle Zélande...). Elles sont donc en décalage complet par rapport à l'adaptation aux conditions pédoclimatiques locales. Dans ces conditions il est illusoire de d'espérer cultiver ces plantes sans l'appui de produits phytosanitaires, et autres intrants coûteux et polluants.
La protection et le développement de la biodiversité doivent dépasser la protection des sites menacés, des espèces végétales et animales en voie de d'extinction. Par l'utilisation de semences sélectionnées de manière ancestrale la biodiversité peut aussi reconquérir les fermes et les assiettes. Cette forme de biodiversité répond aux nécessités environnementales, sociales et économiques actuelles.
Pour l'agriculture durable et raisonnable, les variétés végétales des catalogues sont rarement adaptées, car les semenciers et les obtenteurs sont peu enclins à s'engager dans cette «niche» coûteuse.
De plus, la demande en semences des producteurs Bio est bien souvent contraire aux semences homogènes et stables. Les paysans, et particulièrement les paysans bio qui n'ont pas recours aux produits chimiques pour artificialiser leurs terroirs et homogénéiser leurs pratiques, ne trouvent plus sur le marché de variétés adaptées à leurs pratiques et leurs terroirs.
En effet une adaptation comme celle-ci (conditions de culture sans intrants chimiques et irrigation excessive) requière plusieurs années de culture et cela ne peut se faire avec les variétés hybrides.
L'offre restreinte de semences accentue l'appauvrissement de la biodiversité pourtant indispensable pour une agriculture raisonnable. Rappelons qu'en moins de cent ans, le patrimoine génétique végétal s'est appauvri de soixante-quinze pour cent.
Rajoutons à cela que l'indisponibilité de semences biologiques entraîne une utilisation massive de dérogations, qui ternissent l'image de l'agriculture biologique aux yeux des consommateurs.
Pour toutes ces raisons, les semences industrielles du marché ne sont pas adaptées aux agricultures durables et raisonnables, leur production et leur mise en marché et leur culture contribuent à la pollution de l'environnement, à l'autonomie et à l'érosion du patrimoine génétique.
Par la sélection de populations et variétés de pays dans les fermes, les agriculteurs ont de tout temps conservé un large patrimoine génétique. C'est dans celui-ci que se trouvent les éléments naturels d'adaptation et d'évolution des plantes.
En sélectionnant à la ferme, les paysans disposent de plantes : diversifiées, adaptées à leurs modes de productions, aux changements climatiques et aux demandes des consommateurs.
La conservation et le développement des ressources génétiques doivent se faire au contact d'un milieu changeant, plutôt qu'au sein d'une banque de gènes. Pour que les plantes restent en co-évolution avec leur milieu et les gens qui les cultivent, la production de semences doit se faire à la ferme.
Précisons que toutes les parcelles d'expérimentation sont menées en conditions de production, avec le matériel et les pratiques agronomiques spécifiques à chaque agriculteur. C'est ce mode d'organisation qui donne au programme toute sa force et sa crédibilité auprès des professionnels.
C'est aussi un mode de sélection que de mettre les plantes dès leur arrivée à la ferme dans les conditions où elles vont en évoluer par la suite.
Sur ces parcelles, en pollinisation libre, les agriculteurs suivent un protocole de sélection massale. Ils font des notations tout au long du cycle végétatif et réalisent en cours de culture une sélection massale négative puis au moment de la récolte une sélection massale positive.
Les parcelles d'environ dix ares permettent de conserver le patrimoine génétique représentatif de la population, cette surface est aisément suivie par le producteur qui manque parfois de temps aux périodes cruciales de la sélection.
Les lots de graines mis à disposition des producteurs par AgroBio Périgord sont toujours le fruit d'au moins une année d'observation sur la plate-forme.
L'agriculteur sème le plus souvent quelques rangs de différentes populations côte à côte afin de pouvoir les comparer et aussi de mieux choisir celle qu'il hébergera l'année suivante. Ces rangs peuvent comporter des hybrides pour la comparaison de comportement et pour l'évaluation des indices de précocité des populations qui sont souvent mal connus. Elles permettent entre autre de familiariser les agriculteurs aux particularités des variétés populations. La récolte de ces parcelles n'est pas récupérée pour la sélection future.
Pour ces deux types de parcelles, AgroBio Périgord coordonne et appuie les actions de mise en place, de prise des notations et de récolte s'il y a lieu.
Des conventions d’expérimentations lient AgroBio Périgord et les producteurs, elles détaillent les engagements de chaque partie, cadrent les actions et limitent la dissémination éventuelles des données expérimentales recueillies et du matériel confié (convention en annexe).
Ces protocoles de base Itcf sont aujourd’hui aménagés aux conditions précises de ce programme, et aux spécificités de l’AB. Ils sont le fruit du travail des années passées où les producteurs, des techniciens semences et des chercheurs ont apporté leurs compétences. A chaque campagne, ils sont enrichis et complétés.
Les échantillons sont remis le plus souvent lors de rencontres techniques collectives par petites régions. C’est un moment particulier où les questions techniques sont développées. C’est toujours l’occasion de rappels sur la botanique, la génétique et la réglementation. Elles permettent aux producteurs de bien appréhender l’importance de leur rôle.
Les techniques de conservation des semences et de sélection sont les principales attentes des agriculteurs. Certains souhaitent découvrir ce qu’ils n’ont pas appris, d’autres retrouver ce qu’ils ont oublié. Le volet appui technique à la sélection est souvent très proche de la formation.
Les demandes de renseignements sur la législation des semences sont nombreuses. En effet, les sources qui sont légions entrainent parfois certaines incertitudes et doutes.
On retrouve une forte motivation chez les producteurs impliqués dans le programme. Les principales sont : l’adaptation à la bio, l’autonomie, la richesse des grains, le maintien de la biodiversité, l’éthique, la traçabilité, l’indépendance et le coût des semences. Cet ordre diffère en fonction des personnes.
Les agriculteurs qui hébergent les essais reçoivent des visites, des protocoles, des fiches de notations et des documents de conseils de sélection et de récolte nécessaires au suivi.
Beaucoup concernent la mise en place des parcelles, et sur la gestion de parcelles de sélection, de fait, les problèmes techniques sont nombreux, leurs origines en général sont liées à la méconnaissance ou l’oubli des règles de bases de la sélection.
Le producteur restitue à AgroBio Périgord le fruit de la sélection ayant un intérêt pour le programme. Après séchage, triage et préparation des récoltes, chaque agriculteur récupérera des graines issues de sa propre sélection.
Pour permettre l’adaptation et l’expression de la population sur la ferme, l’agriculteur conserve deux à trois ans la même population en pratiquant une sélection massale légère. A la suite, il procédera à la mise en place d’une sélection plus ciblée qui correspondra à ses besoins spécifiques.
Pour valoriser les connaissances et les compétences agronomiques des agriculteurs, une indemnisation pour le temps passé et pour la mise à disposition de la parcelle est prévue. Dans ce cadre là, il agit en prestataire de service à la demande et selon les recommandations du responsable des expérimentations.
De plus en plus de producteurs sont demandeur d’une mise en réseau des matériels de préparation, triage et stockage de semences.
La parcelle régionale d'expérimentation est composée de maïs, tournesol, soja, sorgho fourrager et quelques fourragères. Elle est la première réalisation du programme. Aujourd'hui, après les actions menées chez les producteurs, elle reste un axe principal. Certains des travaux qui s'y déroulent se posent en amont, en aval, ou encore en parallèle des travaux in situ.
Afin de déterminer si les populations possèdent les qualités pour leur mise en culture, il faut les observer avant de les confier aux producteurs. Il est préférable qu'elles disposent de qualités économiques, sociales, environnementales et nutritionnelles assez équilibrées (ce n'est pas toujours le cas des semences actuelles qui sont principalement axées sur le quantitatif). Ce premier temps d'observation est bénéfique pour les producteurs qui ont la possibilité sans perdre de temps d'apprécier ces valeurs lors de visites en cours de culture.
Les populations intégrées dans le programme ont plusieurs origines : certaines proviennent de fermes chez des agriculteurs sensibilisés à la conservation du patrimoine, certaines autres proviennent de l'Inra de Montpellier, quelques unes de différentes foires de la biodiversité, et d'autres en petit nombre d'Arvalis...
L'introduction des nouvelles populations se réalise ainsi :
En fonction de la synthèse des résultats, la mise en culture dans les fermes est organisée ou non.
Pour permettre l'adaptation et l'expression de la population, il faut considérer une période de deux à trois ans sur une même ferme en sélection légère avant un travail plus ciblé.
Cette partie qui se passe sur la plate-forme consiste à reproduire et multiplier les lots de graines les plus petits et aussi à engager des travaux de sélection comme par exemple le croisement de variété tardives aux qualités exceptionnelles (rusticité par exemple) avec des populations plus adaptées à nos conditions pédoclimatiques. Ce travail long et fastidieux se fait généralement au moyen de pollinisation manuelle.
Ce type de sélection porte le nom de récurrente, il permet de supprimer assez rapidement les défauts les plus marqués.
La pollinisation manuelle est longue et fastidieuse, si elle permet d'épurer rapidement une population, en revanche elle appauvrit le patrimoine génétique. Elle doit donc être utilisée avec précaution.
Celle-ci a plusieurs objectifs :
Ce programme comporte donc plusieurs méthodes de sélection. Multiplier les schémas de sélection apporte à ce programme ses spécificités. Il correspond de ce fait aux différentes demandes de diversité et de durabilité des agriculteurs.
Un près du Change (24) et l'autre près de Coing (36). Ce dernier est suivi par le sélectionneur Guy Thiebaut. Implantés sur des fermes en bio les travaux y sont identiques, ils permettent de tester et de sélectionner en conditions pédoclimatiques différentes.
L'objectif est de créer des populations composites à partir de populations améliorées au cours de plusieurs générations de sélection en lignées.
Sélection de lignées (fécondation manuelle) dans des populations de base. Durée 3/4 ans, sur : L'aptitude à croître avec de faibles intrants, la résistance à la verse (pathologique ou mécanique), la tolérance aux maladies.
Réalisation en îlots de combinaisons génétiques de lignées issues de l'étape 1. Expérimentation des combinaisons en parcelles d'essais durée 3 ans.
A partir des lignées choisies, il faut plusieurs années de brassage génétique en îlot pour obtenir un résultat partiellement « stabilisé ».
1 Variété composite ou synthétique: élaboration d'une variété à partir de plusieurs lignées de différentes populations.
Lignées de population : lignées issues d'autofécondation de population dont les plantes ont perdu en variabilité au profit de gènes recherchés. La finalité est le croisement avec d'autres lignées.
Hybride de pop: hybride issu des lignées de population
Créée en juin 2006 la maison de la semence d'AgroBio Périgord à pour objectifs d'accueillir, de sécuriser, de conserver et de multiplier via un réseau de professionnels et particuliers les semences de tout pays.
Deux grands volets composent la maison de la semence.
Volet semence grandes cultures composé majoritairement de populations de maïs (120) également de tournesols, sojas, blés, et fourragères.
Volet semence potagères composé de nombreuses variétés de tomates, d'aubergines, de piments, d'haricots, de basilics et bien d'autres encore.
Toute personne désirant participer à la vie de la maison de la semence peut après adhésion à Agrobio Périgord bénéficier du patrimoine présent.
Les personnes qui souhaitent accueillir une population sont tenues de suivre rigoureusement un protocole de production. Il en va de la pureté variétale de cette variété. Après récolte, il vous faudra restituer une partie des graines à AgroBio Périgord.
Bio d'Aquitaine coordonne sous le thème l'Aquitaine cultive la biodiversité les programmes :
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